OLINKA : Le blues de la Baltique

13 Jun 2018

 

Si le blues est né dans le sud ségrégationniste des Etats-Unis, il a nourri depuis un siècle toutes les musiques du monde : le jazz, le rock, une partie de la world music et même de la variété. Au-delà de sa typicité musicale, le blues est vite devenu la musique des laissés-pour-compte et c’est peut-être ce qui a contribué à l’affection qu’Olinka Mitroshina voue à cette musique. 

Née dans une famille russe émigrée dans la Lettonie soviétique de la fin de l’URSS, elle a grandi dans un pays qui, devenu indépendant, ne la reconnaissait pas comme une de ses filles. Langue, religion, culture, tout était différent de la mère Russie et la nouvelle nation allait souvent le faire payer aux enfants de l’ancien envahisseur communiste, allant parfois jusqu’à leur reprocher de parler leur langue natale en public. Si la jeune fille y conquit tout de même un diplôme de piano classique et y exerça sa voix dans les nombreuses chorales lettones puis à l’Académie de Saint-Petersbourg, elle mit vite le cap à l’ouest pour échapper à l’atmosphère de ségrégation que la xénophobie et le nationalisme ambiants avaient favorisé. Direction la France dont elle ne parlait pas la langue: Strasbourg, Belfort, Bordeaux et enfin Paris où elle ne tarde pas à jouer tous les soirs (3 ans de piano bar au Petit Journal Montparnasse). Très vite, des musiciens repèrent son talent brut et certains deviennent des amis comme Jean-Michel Pilc, Lionel Loueke ou Rick Margitza. Si Olinka a l’habitude de dire qu’elle est «née dans un pays qui n’existe plus», elle en a trouvé un où jouer sa musique en toute liberté.

«Le blues m’accompagne depuis quinze ans et c’est pour moi une prière quotidienne. J’ai découvert qu’il y a aussi un Real Book du blues, comme il y en a un pour le jazz, et c’est un peu ma bible. J’adore les musiques noires et j’aime la musique roots en général». Tout ça s’entend dès les premières mesures de son nouvel album, Gerswin’s Blues (Disques DOM), et on s’aperçoit vite que cette pianiste à la voix criante de vérité va nous entrainer dans un monde musical qui vient de loin mais qu’elle sait ancrer dans notre époque. Le répertoire est connu (Bessie Smith, Gershwin, Leadbelly), mais la façon dont elle mélange le jazz, le blues et ses compositions personnelles est griffée d’une main toute personnelle. La vieille complicité qu’elle partage avec le guitariste Georges Guy n’est pas pour rien dans la réussite de ce projet et les invités qui se joignent au duo apportent chacun une couleur chaque fois épatante. Loin des sunlights sous lesquels bronzent certaines chanteuses d’aujourd’hui, l’authenticité du chant et du piano d’Olinka est un pont étonnant suspendu entre la tradition et la musique d’aujourd’hui.

Chronique publiée le 2 mars 2018 sur le site «Jazz in Clap Coop» (Rubrique «Sélection disques»)

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